Tribune

Texte initialement publié sur Lemonde.fr le 27 octobre 2023

Actrices et acteurs du monde économique, nous unissons nos voix à celle des universitaires signataires de la tribune parue dans Le Monde le 14 septembre pour exhorter le gouvernement français et l’Assemblée Nationale à soutenir le projet de Traité de non-prolifération des énergies fossiles, déjà soutenu par le Parlement européen, l’OMS, 8 États et 94 entités territoriales dont la Californie.

Les rapports se succèdent, et les interventions de scientifiques nous alertant sur les conséquences catastrophiques de la perpétuation de notre fonctionnement actuel (le « business as usual ») sont de plus en plus fréquentes et virulentes. Les biologistes et physicien·nes notamment, d’habitude peu diserts sur nos choix économiques et politiques, sortent de leur « réserve » scientifique, et se retrouvent au MEDEF, dans les grandes écoles, etc.

Le message est clair, mais la conclusion est difficile à avaler. Depuis 150 ans, nous avons adossé le développement de nos sociétés et nos conceptions du progrès et de l’innovation sur l’utilisation d’énergies fossiles (qui représentent aujourd’hui 80 % du mix mondial, et 60 % du mix français). Aujourd’hui, ces énergies fossiles menacent la paix et la prospérité mondiales, autant que la course à l’armement durant la guerre froide.

L’ampleur et la rapidité de la réaction nécessaire pour changer de cap requièrent une planification économique digne d’une économie de guerre. Deux faits sont particulièrement dérangeants :

  • Tout nouveau projet d’exploration-exploitation fossile menace de faire passer le dérèglement climatique au-delà d’un point d’emballement aux conséquences biologiques cataclysmiques ; et est incompatible avec le respect de l’accord de Paris (signé et ratifié par 191 pays et parties, dont l’Union Européenne). Les nouveaux projets d’exploration-exploitation fossile doivent donc tout simplement être bannis.
  • Les infrastructures de production fossile opérationnelles et en construction doivent arrêter leur activité avant épuisement de leur capacité maximale, sous peine également de dépasser la limite définie par l’accord de Paris. La valeur de ces actifs financiers doit donc être réévaluée à la baisse ; on parle d’« actifs échoués ».

En tant qu’acteurs économiques, nous sommes donc confrontés à un dilemme : les premiers à changer leurs pratiques (abandonner les énergies fossiles) sont fortement pénalisés à court et moyen terme si les autres ne suivent pas : dévalorisation des actifs et pertes sèches pour les investisseurs, hausse des investissements et des coûts, perte de parts de marché suite au renoncement à commercialiser certains produits/services pour les entreprises… En revanche, les gains sont maximisés pour tous (climat stable, conditions propices à la paix et au développement économique), si tous changent leur pratiques simultanément. Sans surprise, l’attitude qui prévaut aujourd’hui est une forme d’attentisme généralisé. Malgré des modifications à la marge (lancement de produits « verts », économies d’énergie…) et un remaniement des obligations de reporting en cours, le monde économique n’a toujours pas réglé son addiction aux énergies fossiles.

L’accord de Paris est une pierre angulaire de l’action climatique coordonnée au niveau mondial, mais il est insuffisant face à la vitesse de transformation nécessaire. Les acteurs économiques (de l’énergie, de la finance, ou de tout autre secteur), ne peuvent pas s’auto-réguler dans un cadre mondialisé où l’avantage demeure à ceux qui continuent d’utiliser les énergies fossiles.

C’est pourquoi, nous, actrices et acteurs du monde économique, unissons nos voix à celle des universitaires signataires de la tribune parue dans Le Monde le 14 septembre pour exhorter le gouvernement français et l’Assemblée Nationale à soutenir le projet de Traité de non-prolifération des énergies fossiles, déjà soutenu par le Parlement européen, l’OMS, 8 États et 94 entités territoriales dont la Californie.

Parmi les premiers signataires : Vincent Bouvier, Président, Vidal ; Marie Ekeland, Fondatrice, 2050 ; Jean-Marc Filippini, Président, MMV et Administrateur du SNRT syndicat national des résidences de tourisme ; Frédéric Guichard, Directeur exécutif, De Dietrich Process Systems ; Julien Huston, Managing Director du Risk Management, Crédit suisse ; Thibault Lamarque, Président, Castalie ; Mykim Chikli, CEO EMEA, Weborama EMEA ; Christophe du Pontavice, CEO, EffiCity ; Christian Raisson, Fondateur et co-CEO, ManoMano ; Mélanie Tisserand-Berger, Présidente du CJD France (représentant 5750 dirigeants d’entreprise)

Les énergies fossiles menacent la prospérité et la paix : défendons un traité mondial de non-prolifération